Tyrannosaure Rex (Auteur: David Monniaux, licence Creative Commons via Wikipedia)
Ce texte est une synthèse des deux premiers chapitres de mon livre à paraître, je l’espère bien, en 2027.
Il est aujourd’hui commun d’entendre parler de la «sixième extinction de masse» en référence à la crise de biodiversité planétaire que nous vivons. L’affirmation ne semble souffrir d’aucun doute. Toutefois, un duo de chercheurs a récemment publié une série de textes qui, au minimum, justifient d’ouvrir la réflexion sur la question.
Plus encore, si l’on creuse le «dossier» des extinctions de masse, de nombreuses interrogations apparaissent avec peu de réponses faisant consensus. La première et non la moindre étant : qu’est-ce qu’une extinction de masse? Étonnamment, la réponse n’est pas simple. Et si une définition semble avoir la faveur dans le monde de la paléontologie, elle n’est toutefois pas utilisée par les partisans de l’hypothèse que nous sommes dans la sixième extinction de masse. Il faut aussi noter que si de référer à une sixième extinction suggère que les cinq premières sont solidement établies, dans les faits on pourrait très bien parler de la seconde… ou de la dix-neuvième, tout dépendant de la définition retenue et des outils d’analyse utilisés!
Finalement, les recherches en paléobiologie ont établi qu’une crise de la biodiversité n’est pas nécessairement une extinction de masse. En fait, non seulement les extinctions sont communes dans l’histoire de la vie sur Terre, mais aussi une crise de biodiversité peut simplement rester cela : une crise, sans plus.
«L’écrivain». Œuvre de Félix Girard (et page-couverture de mon premier livre)
Sauf évènement exceptionnel, il n’y aura pas de chroniques cet automne. J’anticipe une nouvelle version de la révision de la politique forestière, mais à moins qu’elle ne soit exceptionnellement différente de la version proposée plus tôt cette année, je ne lui consacrerai mon attention qu’en 2026. Et même dans l’éventualité «exceptionnelle», il est fort probable que 2025 ne soit consacré qu’à l’analyse et 2026 à l’écriture. La Forêt à Cœur a toujours été en mode slow actualité [note : concept personnel].
La cause de cette décision est que j’ai entamé l’écriture d’un deuxième livre. Ce n’est pas une nouvelle édition de mon premier. C’est vraiment un nouveau livre sur une thématique qui lui sera propre, soit la nature et la biodiversité (dont le caribou forestier).
Ces sujets n’avaient pas été beaucoup discutés dans Forêts québécoises : de la nécessité de s’affranchir de L’Erreur boréale (et comment). En ce sens, ce livre aura une dimension complémentaire à ce premier opus, mais avec sa propre raison d’être. Il ne sera pas nécessaire de l’avoir lu pour bien prendre la mesure du second. Il est toutefois trop prématuré pour décrire plus en détail les contours de ce futur livre.
Pour tout dire, même si je sentais que l’écriture d’un nouveau livre se dessinait, j’avais en tête l’été 2026 au plus tôt. Toutefois, cet été, après de nombreuses versions infructueuses d’une nouvelle chronique, j’ai réalisé que ce que j’essayais de synthétiser en un texte de blogue ne pouvait s’exprimer que par le biais d’un livre.
Pour l’échéancier, la version optimiste vise l’été 2026, mais je ne serais pas surpris qu’il ne soit édité qu’au printemps 2027, voire un peu plus tard cette année-là (2028 n’est pas une option). Comme pour mon premier livre, si mes chroniques vont fournir une bonne base, du travail de recherche complémentaire va être requis. À partir de là, l’échéancier devient plus flou.
Contrairement au premier livre pour lequel j’avais testé l’option des éditeurs conventionnels, pour celui-ci je vais y aller directement à compte d’auteur avec BouquinBec.
À la base, cela va permettre gagner quelques mois en attente de réponses. Mais une raison fondamentale de ce choix est que dans la formule d’édition «classique», l’éditeur prend en charge tous les frais, mais prend aussi les droits d’auteur en échange. Vous n’êtes plus maître de votre œuvre. À compte d’auteur, vous devez assumer les coûts, mais vous conservez vos pleins droits.
Quant à BouquinBec, ce sont à la base des imprimeurs qui offrent des services professionnels pour la révision linguistique et le graphisme (et une illustratrice depuis tout récemment). Cela permet donc de publier à compte d’auteur avec une qualité qui n’a rien à envier à une maison d’édition conventionnelle.
Comme lors de ma première «pause livre», ne soyez pas surpris que je prenne des pauses… du livre pour écrire une ou deux chroniques. Lors de ma première expérience d’écrivain, l’attente de réponses par les éditeurs avait été un peu décourageante. Cela m’avait cependant obligé à prendre du recul de mon livre et m’avait permis de l’améliorer. Donc, à défaut d’éditeurs dans le portrait ce coup-ci, je vais mettre à profit cet enseignement.
Avec le temps, j’ai développé un style de chroniques «standard» pour La Forêt à Cœur. Si vous avez lu quelques-uns de mes textes, vous avez certainement décelé le format-type de ce blogue. Mais parfois, très occasionnellement, je change de style pour m’adapter au sujet du jour. Pour aujourd’hui, je vais en explorer un nouveau : les memes. Une forme d’humour absurde qui m’apparaît tout à fait adaptée au thème de ce texte, soit le Projet de loi 97, visant principalement à moderniser le régime forestier.
En préparation, j’ai fait tout ce que j’aurais fait pour une chronique «standard». Tout d’abord, j’ai imprimé le projet de loi 97 ainsi que l’actuelle politique forestière, soit la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (LADTF). La raison étant que le projet de loi 97 porte bien son nom. La politique forestière va continuer à s’appeler Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier. La loi 97 vient cependant la modifier substantiellement de l’intérieur alors que l’essentiel de ce projet de loi se compose de formulations telles que : L’article 7 de cette loi [LADTF] est remplacé par le suivant […]
Aussi, j’ai fait une recherche des diverses opinions qui ont été émises suite au dépôt du projet de loi 97 le 23 avril dernier.
Ces informations en main et analysées, j’ai commencé à écrire mon texte. Toutefois, plus j’écrivais, plus il devenait évident que la formule «standard» n’était pas la bonne. À tout le moins, elle devait être adaptée. Et c’est du côté des memes que j’ai trouvé l’inspiration. Car il y a quelque chose qui ne fait pas sérieux dans ce projet de loi 97. Et dans les circonstances, il était justifié que la forme de cette chronique soit aussi parlante que le fond.
Sur ce, bonne lecture et gardez à l’esprit, les plus âgés/âgées comprendront la référence, que ce n’est pas parce que l’on rit que c’est drôle…
Tout au long de ses 270 pages de texte, il y est question de la lutte de sociétés indigènes de par le monde pour continuer à habiter et à utiliser leurs territoires ancestraux [note : «indigènes» est un terme usuel dans ce livre]. La principale menace : des organisations non gouvernementales de la conservation qui, avec l’appui des gouvernements en place, cherchent à exclure ces sociétés indigènes de leurs territoires pour en préserver la biodiversité. Et souvent avec succès. D’où des millions de «réfugiés de la conservation».
En soi, la situation peut paraître absurde. Les sociétés indigènes dont il est question ont bien souvent utilisé ces territoires pendant des milliers d’années. Elles doivent donc avoir une bonne idée sur le comment en préserver la biodiversité! Et pourtant…
Ce livre, comme un précédent que j’ai présenté sur ce thème, va souvent fâcher voire décourager. Mais l’auteur, en gardant le ton posé et en mettant de l’avant toutes les sources de lumière qu’il a pu noter, en fait un livre presque optimiste. Mais surtout, c’est un texte essentiel à lire pour quiconque s’intéresse à la place de l’humain dans la préservation de la biodiversité.
Après un hiatus de plus de deux ans, de retour à un compte-rendu de livre! Et pour l’occasion, je mise sur du «local» alors que je vous présente «Repenser la conservation de l’environnement». Un livre écrit par André Desrochers, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval, et publié en 2022 aux Presses de cette même université.
Je dois ici souligner que je connais André. Sans être des intimes, nous nous sommes croisés assez fréquemment pour que je pense à «André» et non pas à «M. Desrochers». Il est devenu professeur à la Faculté de foresterie au début des années 1990 alors que je complétais ma maîtrise. Par la suite, nous avons eu l’occasion de nous recroiser au cours de mon doctorat au début des années 2000. Notre dernière rencontre remonte à quelques années alors que nous étions conférenciers au même congrès.
C’est là le contexte personnel dans lequel j’écris ce compte-rendu.
Pour l’aspect professionnel, je dois avouer que si certains passages me font classer ce livre dans les «essentiels», d’autres peuvent décontenancer, voire même laisser songeur. Finalement, on tourne la dernière page sans être trop sûr de ce que l’on doit retenir de l’ensemble. La principale raison étant que le livre a été écrit tant par André Desrochers le chercheur qu’André Desrochers le citoyen politisé.
Le Québec va bientôt avoir une nouvelle politique forestière. Si ce n’est pas en 2025, ce sera au plus tard en 2026. L’actuelle politique (Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier), adoptée en 2010, aura donc eu une durée de vie extraordinairement courte. De fait, lorsque l’on classifie les âges des différents peuplements forestiers, le plus souvent c’est par classes d’âges de 20 ans. C’est dire que l’actuelle politique va disparaître avant même que certains peuplements forestiers n’aient eu le temps de changer de classe d’âge depuis son adoption!
La précédente politique (Loi sur les Forêts) avait duré à peine plus longtemps (1986-2010). Considérant qu’une forêt, ça s’aménage pour l’éternité, il conviendrait que nos politiques forestières soient un peu plus durables… La prochaine fera-t-elle mieux?
À ce jour, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) a été quelque peu «cachottier» sur les détails. Et si j’ai choisi d’écrire sur le sujet alors qu’aucun document public n’a encore été publié, c’est que, selon les informations disponibles, il est fort probable que la réponse à la question ci-haut va être un franc «non».
La raison fondamentale tient au fait que les concepteurs de cette future politique forestière ne semblent pas avoir pris conscience que dans les forêts publiques (pas juste au Québec), en 2025 la foresterie scientifique est morte. Ne serait-ce que dans sa logique de base. Le temps est venu qu’elle laisse sa place à la foresterie sociale.
Et dans le cas spécifique du Québec, il est fondamental qu’une nouvelle politique forestière soit en mesure de nous affranchir de L’Erreur boréale. À tout le moins, nous en donner une chance. Ce qui n’apparaît pas du tout être le cas ici. Explications…
Malgré les nombreuses mesures recommandées par l’Équipe [de rétablissement du caribou forestier] dans les deux plans de rétablissement aux autorités gouvernementales responsables de la gestion de la faune et de ses habitats […], force est de constater que les populations de caribous forestiers sont pour la plupart dans un état préoccupant.
Le bilan des deux plans de rétablissement indique que beaucoup de mesures ont été exécutées. Cependant, les plus importantes, dont celles liées principalement à l’aménagement de l’habitat et au prélèvement n’ont pas été réalisées ou mises en œuvre selon les recommandations élaborées par l’Équipe.
Si nous ne parvenons pas à limiter les taux de perturbation de l’habitat et à réduire et même à cesser toute récolte, les populations de caribous forestiers au Québec continueront de décliner.
— Bilan, p. 45
Toutefois, à la lecture de ce Bilan, on peut avoir de sérieux doutes tant sur la sévérité de la situation du caribou forestier au Québec que sur l’efficacité du remède proposé, soit la fin de la foresterie en forêt boréale (à peu de choses près).
Plus encore, si l’on élargit la réflexion, il y a de bonnes raisons de remettre en cause tant un objectif central du Plan de rétablissement 2013-2023 que le statut même d’espèce vulnérable au Québec du caribou forestier.
Finalement, à la mesure des questionnements qui surgissent, il apparaît essentiel, si nouveau plan il devait y avoir, qu’il soit adopté par l’Assemblée nationale. Les choix qui pourraient y être faits dépassent le cadre de responsabilité du seul ministère de l’Environnement.
Toutefois, constater que cette aire de répartition est irréaliste est une chose; définir une version plus réaliste en est une autre. Il allait donc de soi qu’une suite logique à ce premier texte devrait s’attarder à définir cette nouvelle aire de répartition historique.
Le résultat de ces efforts est représenté par le nouveau trait en vert sur la carte ci-contre. Et le cœur de la chronique d’aujourd’hui consistera à présenter les démarches qui ont permis d’arriver à cette proposition.
En guise de Mot de la fin, il sera fait état d’une recommandation dans l’éventualité d’un nouveau Plan de rétablissement et du bon usage de l’adjectif «historique» lorsqu’il s’agit du caribou forestier.